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Effets des Upp

Une nouvelle approche de l’accompagnement des parents ….

La démarche des UPP, par différents points, diverge d’autres actions autour de la parentalité :

…Qui valorise et dynamise les parents

Les parents sont valorisés parce que leurs compétences sont reconnues :

« Qu’on me demande de participer à une recherche, c’est incroyable ! J’ai le sentiment d’exister, d’être importante, cela me donne un nouveau dynamisme pour être plus proche de la vie de mes enfants »

Les parents sont valorisés et dynamisés par la place qu’ils occupent dans les UPP :

« Les UPP, c’est une nouvelle approche qui nous projette en avant et qui nous donne envie de donner le meilleur de nous-mêmes parce que les parents ont une place centrale  »

La recherche permet aux parents et plus particulièrement à ceux qui sont les plus stigmatisés de retrouver fierté et dignité y compris au sein de leur famille :

« Qu’on me demande, à moi, de participer à une recherche, c’est incroyable ! J’ai le sentiment d’exister, d’être importante, cela me donne un nouveau dynamisme pour être plus proche de la vie de mes enfants »

Le travail intellectuel est très valorisant et permet aux parents de changer de regard sur les universitaires, mais aussi sur les spécialistes, les experts en général et d’oser exprimer leur point de vue :

« J’ai plus de facilités à parler aux enseignants, parce que je me rends compte que ceux qui ont fait des études sont finalement pas tellement d’un autre monde que moi, que je peux parler avec eux, je suis moins complexée. »

La dimension collective de la recherche sécurise et renforce les parents. En passant de leurs problèmes individuels à un problématique collective et sociétale ils se décentrent de leurs difficultés et déculpabilisent..

«  Je me suis rendu compte que les problèmes qui arrivaient à mes fils, c’était aussi des questions de société, ca ne m’a pas déresponsabilisée mais ça m’a permis de relativiser. Ca m’a donné envie de faire bouger les choses pour eux et pour tous les autres. »
«  Avant j’étais tout le temps entrain de montrer que je n’étais pas « démissionnaire ». J’avais peur qu’on me colle cette étiquette. Mais j’ai compris des choses : c’est surtout les parents pauvres qui sont traités, même si on s’occupe de nos enfants. C’est souvent parce que les professionnels jugent trop vite. Y’a pas de parents démissionnaires, ou très peu, dans les quartiers. Par contre, y’a des conditions de vie difficiles, des gens qui se débattent dans de multiples problèmes. »

Les parents développent des compétences multiples

Le travail de recherche nécessite de la rigueur, d’exprimer sa pensée, d’interviewer, d’écrire. Toutes ces démarches sont l’occasion de d’apprentissages et de dépassement de soi et d’éventuelles difficultés..

«  Construire le questionnaire a été très compliqué, et le dépouillement encore plus. Il a fallu trier, organiser, classer. Certains avaient envie de baisser les bras, mais bon, on a continué… Et la fierté est à la hauteur des efforts… On a appris des tas de choses, sans s’en rendre compte »
«  Quand j’ai compris que l’UPP, ce n’était pas seulement du théâtre forum, je me suis dit c’est pas pour moi ! Je n’aime pas écrire, j’ai toujours eu des problèmes avec ca ! Les autres m’ont dit « Restes là, on a besoin de toi ! ». ca a fait tilt, j’ai décomplexé. On a trouvé une organisation, moi je dis, et un autre parent écrit ce que je dis. Je me suis surprise à écrire un peu. Les fautes, tout le monde s’en fout, dans les UPP »

Le travail de croisement de la réflexion avec les institutionnels et élus, les initiatives prises dans l’espace public (voir ex ci-dessus) est source d’apprentissage et de dépassement de soi (prise de parole publique..)

«  J’ai appris à prendre la parole en public. Même si j’ai peur avant, maintenant je sais que je vais y arriver. Je suis portée par mes copines, par le groupe. »
« Le travail de l’UPP nous a donné l’occasion d’acquérir une assurance et une aisance pour aller au devant des institutions et discuter avec eux des points essentiels liés aux enfants et adolescents du quartier »

Le fait que les groupes soient composés de parents de milieux sociaux et culturels différents, ayant des pratiques éducatives diversifiées, permet de travailler sur la compréhension et l’acceptation les uns des autres. Les parents sont en contact avec d’autres réalités, d’autres pratiques qui permettent de dépasser les préjugés. Le fait de partager l’identité de parents et de participer à un même projet pour lequel ils ont des enjeux communs de réussite leur permet de dépasser ces appréhensions. Les parents disent aussi, à travers les UPP, apprendre à faire avec la diversité, à gérer le groupe et les conflits…

« Dans ce groupe, il y a des gens que je n’aurai jamais rencontré avant. Je me rends compte des privilèges que j’ai. J’ai une famille unie, je suis française, j’ai un travail. Pour d’autres, la vie est plus dure : vivre en caravane, ne pas savoir de quoi sera fait le lendemain, avoir peur du placement…. Moi qui avait tendance à les critiquer, je me rends compte qu’à leur place, je ne ferai sans doute pas mieux, et même moins bien.» « Se retrouver entre parents d’origines différentes pour travailler sur des thèmes qui nous concernent tous et où chacun peut apporter son expérience, ses difficultés, ses espoirs fut pour moi un vrai moteur dans ma réflexion parentale »
« Parce que les caractères sont différents et les échanges vifs, il y a parfois des tensions. Mais les tensions se règlent car l’envie de faire ensemble est plus forte » 

Plusieurs UPP notent que des parents ont repris des formations et/ou ont trouvé un emploi. Cet axe va être approfondi en 2010 et 2011, mais déjà, nous observons que certains parents, notamment des premières UPP ont engagé des VAE, repris des formations ou obtenu des emplois assez directement liés aux compétences acquises grâce aux UPP, notamment dans les métiers de l’animation sociale, de la médiation…

Les parents renforcent leurs compétences parentales et leur confiance en eux

Au niveau familial certains parents ont changé leur façon de faire vis-à-vis de leurs enfants.

« En parlant avec les autres parents de l’UPP, j’ai réalisé qu’il était important que je puisse dire « non » à mes enfants, alors que jusqu’ là je n’osais pas. »
« Pour pouvoir aller au séminaire de parents, j’ai dû laisser mes enfants à mon mari. C’est la première fois qu’il s’occupe seul des enfants. »

Les échanges entre parents, mais aussi et surtout la valorisation et la dynamisation que procurent les UPP modifient les capacités des parents et leurs relations avec leurs enfants.

«  J’ai mieux compris mes enfants, j’ai plus confiance en moi pour leur transmettre des valeurs »
«  Bien sur, au sein de l’UPP, en écoutant les autres, en parlant, on devient plus intelligent, on a de nouvelles idées pour faire avec les enfants. Mais ce qui est le plus important c’est qu’on se sent plus forts, moins écrasés, on relève la tête. Et si on est fier de soi, les enfants le sentent, et tout est facilité »
«  En fait j’ai jamais eu l’impression de changer. Mais de prendre la parole en public, réfléchir, ca m’a vraiment fait croire en moi et finalement ça a tout changé. Ce n’est que maintenant que je m’en rends compte. Je ne suis plus la même, c’est tout mon regard qui a changé. Je vois plus mes enfants et même mon mari pareil. Je suis bien plus décontractée et à l’écoute parce que j’ai confiance en moi. Je n’essaie pas de chercher ce que je dois faire à l’extérieur, mais je me dis, c’est quoi que tu penses au fond de toi ? Et je fais confiance à ce que je sens»

Les autres acteurs de l’éducation leur paraissent plus faciles d’accès :

«  Je me sens plus assurée pour demander à l’école et au soutien scolaire des informations. Je n’ai plus peur »
«  J’ai pu prendre du recul par rapport à la situation que je vivais avec mon fils et les problèmes qu’il rencontrait à l’école. J’ai pu déculpabiliser et du coup dédramatiser avec mon enfant qui ne semblait pas « conforme » nous n’entrions simplement pas dans le moule. J’ai donc cessé de l’incriminer et de l’engueuler. J’ai pu commencer à chercher d’autres solutions et faire le deuil de « mon fils a eut le bac avec mention bien » . Je me suis sentie mieux armée pour aller à la rencontre de ses professeurs, proviseurs, aux conseils de discipline et autre » 

Les parents sont ressources les uns pour les autres. Le groupe joue un rôle de soutien et de valorisation pour chacun, permet de rompre l’isolement, de dédramatiser, d’une part en constatant que d’autres parents partagent les mêmes interrogations, mais aussi que les difficultés qu’ils rencontrent sont aussi la conséquence de problèmes sociaux plus complexes.

«  L’UPP, c’est comme une famille, on se soutient mutuellement. Si l’un ou l’autre des parents a un coup dur, on l’aide. On est solidaires, du coup, on se sent plus forts. »
«  Ce qui a vraiment changé c’est que je culpabilise moins. J’ai compris que tout ce qui arrivait de difficile à mes ados, c’était pas qu’à cause de moi. Qu’il n’ y avait pas forcément de coupable, d’ailleurs. Les ados ont des mauvaises passes… Avant j’étais tellement culpabilisée, que je ne pouvais en parler, à personne. Dans l’UPP, j’ai senti qu’il n’y aurait jamais de jugement sur moi sur mon histoire. J’ai senti que j’avais la confiance des autres, des animateurs, même si un de mes fils est placé »
« Les UPP ont permis de créer des réseaux d’entraide dans le quartier. On se connaît entre parents, mais on connait aussi les amis des autres parents. Ca fait de bons réseaux d’entraide »

La confiance des parents resurgit sur les relations familiales :

«  Cela a changé le regard que mes enfants portent sur moi. Ils sont fiers de moi, de ce que je peux faire, de mon engagement dans les UPP. Pour la fête des mères, mon fils de 13 ans m’a écrit une lettre, et à la fin il y avait « Vive les UPP ». Cela m’a touchée. »
«  Dès que j’ai fini de parler au colloque de Gand, j’ai vu dans les yeux de mon fils et de mon mari à quel point ils étaient fiers de moi, ils m’ont félicitée, et moi cela m’a fait vraiment plaisir je me suis sentie vraiment reconnue et soutenue  »

Des postures des professionnels modifiées

Les Upp modifient considérablement les postures des animateurs et coordinateurs, du point de vue de :

«  La démarche des UPP renforce ma conviction que toute personne quel que soit son niveau de scolarisation, son parcours, a des capacités d’action et des compétences. J’aborde moi aussi pour la première fois une recherche universitaire et je me sens de ce fait proche des parents des UPP. C’est également une aventure pour moi !  Il faut une grande disponibilité mais en retour, il y a un fort enrichissement professionnel et personnel. »
« C’est une remise en question de mes pratiques professionnelles, possible uniquement parce qu’on se soutient aux coordinations nationales, car parfois il faut accepter d’être dans le doute. Animer une UPP ca change des pratiques de travail social : ce n’est pas le même objectif et le regard n’est pas porté au même endroit. On apprend à penser et à voir les possibles et non pas les manques. Il faut lâcher les tendances à la surprotection et faire confiance, y croire. On se forme tout le temps…. Et ça restera après les UPP »
« L’UPP demande du temps et de l’engagement, y compris sur le temps personnel. Mais le plaisir de réaliser un projet qui porte des valeurs auxquelles on croit n’a pas de prix. On se sent partager une ambition commune avec les parents car nous aussi, on souhaite que les parents soient écoutés et démontrent leurs compétences  »
« Dans les UPP il n’y a pas d’un côté les professionnels qui maîtrisent les tenants et les aboutissants d’un projet. On est tous à construire ensemble. Cela demande de pouvoir lâcher prise, d’accepter de ne pas tout maîtriser. D’accepter de n’être que des « facilitateurs », et jamais en avant. Les parents ont le pouvoir de donner leur avis sur le projet, et ils ne s’en privent pas … »

Ce changement de posture touche aussi les collègues et les institutions qui portent les UPP.

« Cela a changé mes pratiques dans mes relations avec les parents de l’UPP, mais plus largement ma manière d’animer les REAAP. Je ne pourrais plus organiser une rencontre départementale sans solliciter des parents, et pas seulement ceux des UPP »

Des universitaires qui adaptent leurs postures

La mission des universitaires est délicate car elle se trouve au cœur d’objectifs qui peuvent être en tension entre eux. Par exemple, viser la production d’une recherche de qualité avec des parents, tout en restant accessibles à tous, laisser les parents prendre les décisions méthodologiques tout en leur donnant des outils méthodologiques…

Plusieurs écueils sont à éviter :

Travailler dans le cadre des UPP demande beaucoup d’humilité, de capacité à se décentrer de ses savoirs, de proposer sans imposer…  et de créer, d’inventer…

Selon les universitaires, il s’agit là d’un travail passionnant mais très déstabilisant.

Une démarche qui intéresse les institutions

Comme montré en première partie, les institutions, et en particulier les conseils Généraux, les CAF, les REAAP sollicitent fortement les UPP pour participer à leurs réflexions, mais aussi aux évaluations de politiques publiques comme les Programmes de réussite éducative.
Pour les premières UPP, à travers toutes ces actions, s’est opéré un changement de regard entre parents issus des quartiers populaires et les institutions. Pour les premiers, les institutions deviennent plus proches, plus « abordables ». Pour les seconds, la participation des parents devient possible et pertinente pour mieux appréhender et répondre aux problèmes de société.

Des dynamiques de développement local générées par les UPP

Au-delà de l’activité des UPP, les UPP donnent lieu à des projets locaux :

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