Des parents acteurs, chercheurs, citoyens :
les Universités Populaires de Parents

Découvrir le concept des universités populaires de parents

Synthése des différentes recherches des universites populaires de parents

Quels que soient les thèmes des recherches que nous avons choisis, dans toutes les UPP, nous avons été amenés à traiter de façon directe ou indirecte la question de la transmission entre parents et enfants et la question de la cohérence éducative.

1. La transmission

L’éducation est une affaire de transmission. Transmission de valeurs, de comportements, d’habitudes, de règles.
Mais comment fait-on, en tant que parents, pour assurer ce rôle ? Quel sont les processus de transmission ? Qu’est ce qui facilite cette transmission ? Qu’est ce qui la rend plus difficile ?

La société véhicule des injonctions contradictoires entre elles

L’UPP de Vénissieux a montré, dans sa recherche, qu’en tant que parents, nous recevons des messages multiples de la société par l’intermédiaire de la publicité, des magazines, des travailleurs sociaux, des émissions comme « Super Nanny », de l’école sur la manière dont il faut élever les enfants. Mais ces injonctions sont parfois contradictoires entre elles et mouvantes selon les époques : Il faut par exemple avoir de l’autorité, mais ne pas être autoritaire ; il faut accompagner notre enfant, mais favoriser son autonomie, le laisser faire ses expériences, mais le cadrer. Tenir les cadres, punir pour certains, dialoguer pour d’autres.

En fait, nous recevons des injonctions multiples. On s’y perd. A quoi se référer, qui croire ?

De plus, ces messages qu’on nous envoie sont parfois paradoxaux ; Par exemple,  de plus en plus de parents travaillent en horaires décalés. Or on nous dit à la fois de travailler plus et de s’occuper plus de nos enfants. Comment faire pour répondre en même temps à ces deux demandes?
En fait, les parents se retrouvent à gérer et à porter des injonctions paradoxales de la part de la société et à les gérer au sein de la famille. On fait porter aux parents des questions de société non tranchées.

Ces injonctions sont de plus parfois en décalage avec ce que nous voulons ou pouvons transmettre en fonction de nos contextes de vie.

Ce que nos recherches montrent, celles de Pau, de Vénissieux et du Bassin Minier, c’est que les parents ne peuvent être à l’aise dans la transmission que s’ils s’appuient sur ce qu’ils ont reçu, sur leur culture et histoire. Cela ne veut pas dire transmettre à l’identique TOUT ce qu’ils ont reçu, car il y a parfois des choses qu’ils ne veulent pas retransmettre à leurs enfants. Mais il est indispensable de s’appuyer sur ce qu’ils ont en chacun d’eux. Or ces injonctions sont parfois différentes de ce qu’ils veulent transmettre ou de ce qu’ils peuvent transmettre, parce que c’est très éloigné de ce qu’ils ont reçu. Par exemple, lorsqu’on est de milieu populaire, les valeurs qu’on veut transmettre sont en général les mêmes (le respect) mais on peut le faire de manière très différente.

Ce décalage existe aussi lorsqu’on est issu d’une autre culture. On voudrait transmettre à ses enfants ce dont on est fier de notre culture d’origine et pourtant, parfois, c’est en contradiction avec ce qui est attendu de la société.
De plus ces injonctions sont parfois difficiles à mettre en œuvre  en fonction des contextes de vie. Ce qui est bon dans un contexte familial et social ne l’est pas forcément ailleurs. Certes, les enfants ont besoin d’activités, de sorties dans les musées, mais quand on habite à 50 kilomètres d’une ville, ce n’est pas évident ! Certes, les enfants ont besoin de nature, mais quand on habite dans une cité, ce n’est pas évident !

Il ressort de cette pression de la société sur les parents une fragilisation de ceux-ci, qui ne peuvent plus se faire confiance et sont perdus entre des repères très différents. S’ils tentent de se conformer à ce que l’on attend d’eux, ils se coupent de leurs propres ressources.

Pourtant tous les parents ont des ressources.

Pourtant, comme nous l’a montré l’UPP du Bassin Minier, dans les cultures minières, ouvrières, populaires, il y a aussi beaucoup de choses qui paraissent intéressantes : la solidarité, la débrouillardise, le sens de l’effort mais qui sont souvent peu valorisées.
Les parents des milieux populaires pour s’adapter à la précarité, inventent de multiples attitudes adaptées à leurs contraintes, à leur culture et leur contexte de vie. Mais ces compétences sont souvent rendues invisibles car on ne peut les percevoir et les comprendre que si on les resitue dans leur contexte. Interpréter des attitudes sans tenir compte du contexte, fait vite basculer dans le jugement.

2. la cohérence éducative

Comme nous l’ont montré les recherches de l’UPP de Lezennes et de Pau, de nombreux acteurs interviennent auprès des enfants et influencent son éducation : les parents, les grands parents, les enseignants.
Pourtant, ce n’est pas toujours facile d’assurer une cohérence éducative, de s’entendre sur un projet éducatif avec ces différents intervenants.
Il y a parfois des malentendus entre parents et professionnels. Chacun a son cadre de références, regarde l’autre avec ses propres lunettes, à ses propres représentations du rôle des parents.
De plus, les professionnels sont aussi parents, ils ont leurs propres valeurs éducatives, et parfois, ils peuvent regarder la situation à partir de leur manière à eux d’être parent, elle-même liée à leur histoire et leur milieu social. Quand les pratiques éducatives sont différentes entre parents et professionnels, c’est alors que le malentendu arrive. On s’entend mal, on ne s’entend plus, on ne se comprend plus, on se juge et on s’éloigne les uns des autres.
C’est particulièrement vrai quand un enfant rencontre des difficultés. En fait, tous les acteurs (parents, enseignants) sont à ce moment là en difficulté. Alors, on a vite fait de reporter la difficulté sur l’autre. La recherche de l’UPP de Saint Genis Laval/Pierre Bénite nous a montré qu’en tant que parents, nous avons tendance à penser que l’école est la cause des difficultés scolaires des enfants. Mais d’un autre coté, l’école, pense que les difficultés scolaires sont liées au contexte familial.
En fait, il y a à la fois des causes individuelles, familiales et sociales aux difficultés. Or, quand on n’a pas de solution, on individualise les problèmes, et finalement, le plus souvent, on fait porter aux parents seuls ces problèmes. Ce qui est sociologique devient psychologique.
Cela stigmatise les parents, les culpabilise, les invalide, on n’avance pas.
L’éducation est une responsabilité partagée entre parents et autres intervenants. De ce fait, chacun parent, enseignant, éducateurs est responsable du développement de l’enfant. Les parents ont besoin d’être reconnus dans leur rôle et d’être considérés comme responsables.
Mais responsable ne veut pas dire coupable.
Les parents ont besoin de la part des professionnels, pas forcément de conseils, ni d’aides mais de dialogue, avec les enseignants, les travailleurs sociaux.

Seul le fait de dépasser les préjugés entre parents et intervenants permet de vraiment construire la cohérence éducative.

Individuellement, les parents doivent être interpellés pour tout ce qui concerne leurs enfants.
De plus, collectivement, en devenant de vrais partenaires des institutions comme nous l’avons été dans les UPP, nous pouvons même être des ressources pour les professionnels, faire des propositions, lancer des dynamiques de partenariat.
Pour cela, il faut que les parents soient vraiment considérés comme des acteurs responsables, partenaires égaux des professionnels et qu’on favorise leur implication partout, de la petite enfance à l’adolescence, qu’on les conforte dans leur rôle.

Au-delà de nos recherches, en tant que parents des UPP,  nous souhaitons tous ensemble dire :

Agir sur les conditions de vie, c’est soutenir la parentalité.

Reconnaitre les pratiques de chaque parent, essayer de les comprendre, apporter son point de vue sans juger, aider chacun à trouver ses propres solutions, être conscient qu’il peut y avoir plusieurs manières valables d’assurer l’éducation et ne pas vouloir à tout prix imposer le sien, quand on est professionnel, c’est soutenir la parentalité.

Et pour tous, parents, professionnels, élus : construire des espaces de dialogue entre professionnels, parents, élus, c’est un défi pour mieux se comprendre, c’est inventer des espaces de co-éducation, c’est considérer les parents ni comme «  à former », ni comme « baissant les bras » mais juste comme des partenaires précieux à renforcer, car ils sont irremplaçables, comme le sont les élus et les professionnels.

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